Culture
Xan Aire - Institut Culturel Basque
13/01/2012
Nicole Lougarot, dont les recherches sur le peuple bohémien ont secoué la société basque et les mascarades de Soule, commente les difficultés actuelles de la mascarade.
Une mascarade en Soule. Photo: Jakes Larre - Institut Culturel Basque
Infos (1)
Nicole Lougarot (1963, Gotein, Soule) est membre de l'association culturelle Hebentik. Elle s'est fait connaître dans le monde culturel basque en publiant le livre "Bohémiens" (2009, Gatuzain). En étudiant le peuple bohémien, elle a secoué la société basque et les mascarades de Soule.
Elle a poussé ses recherches plus loin depuis, en voyageant, en écrivant quelques articles. Elle nous en dresse le bilan, en prenant le soin de commenter les difficultés actuelles de la mascarade.
Ayant appris l'euskara tardivement, quelle relation aviez-vous avec notre langue et notre culture, étant petite?
Nicole Lougarot : Mes grands-parents parlaient basque, mais mes parents pas assez. Ma mère était du Haut Mauléon, beaucoup d'Espagnols y sont venus, et la langue du quartier était le français. Du côté de mon père, ses parents partirent à Paris. En revenant en Soule, ils voulaient quelque chose de bien pour leur fils, une bonne carrière, et ils l'ont dirigé vers l'enseignement. En français...
Néanmoins, ils lui enseignèrent les danses et chants basques, qu'il nous a transmis à son tour, lorsqu'il a été père. Il a été "süjeta", le personnage principal de deux pastorales, sans parler l'euskara. L'auteur Etxahun le prit pour sa belle voix. Il comprend quelque peu le basque, mais il ne parle pas la langue. Je suis longtemps restée ainsi, moi aussi.
Mais vous avez finalement appris l'euskara...
N. L. : Oui, mais dans la douleur ! Je suis vite tentée par le français, et cela m'énerve. Heureusement que les activités culturelles sont là. Pour la petite histoire, j'ai appris à danser le fandango en Normandie. Mixel Etxekopar m'a également beaucoup aidée, bien sûr. Etant plus jeunes, mes soeurs étaient militantes, moi pas tant que cela. Je me souviens d'avoir traité un jeune du village de "enbata" : dans ma bouche, c'était synonyme de terroriste, je n'y connaissais rien.
Vous intéressiez-vous aux mascarades ?
N. L. : Cela est également venu tardivement, puisque je ne comprenais pas tout.
Comment expliquer les difficultés actuelles de la mascarade ?
N. L. : Les dernières années, elle a été ébranlée par des tragédies locales. Mais dans beaucoup de villages, le problème n’est pas là. A Gotein, la troupe de danse a voulu monter les mascarades. Mais au final, impossible, puisqu’ils ne maîtrisaient pas assez l’euskara. Le fond du problème est là : la langue. La jeune génération ne sait pas le basque, ou pas assez. Or, c’est fondamental dans la mascarade.
Un autre problème n’est-il pas le politiquement correct, la difficile acceptation de la critique publique ?
N. L. : La critique est assez nouvelle. Cela a débuté à Ordiarp, où la voix "abertzale" s’est fait entendre. Mais les gens aiment bien ce jeu-là.
Quel est le rôle actuel de la mascarade ?
N. L. : Elle a un rôle social, notamment pour les jeunes d’un village : ils fondent quelque chose ensemble. En euskara. Ce qui est aussi important pour les Basques : nous aussi avons notre petit quelque chose, ainsi. A part cela, c’est quelque chose de très beau : au coeur de l’hiver, les couleurs, manger, boire ensemble, l’ambiance... C’est magique.
La pastorale a son charme l’été, la mascarade, l’hiver. Je préfère l’ambiance du matin, l’arrivée au village, les barricades, c’est très fort. La partie de l’après-midi aussi, il y a quelque chose de touchant, c’est bien fait, au milieu de la place. C’est du théâtre de rue. Dans le cadre du festival Xiru, nous avons monté le spectacle Maskar* au printemps dernier, pour poser une réflexion autour de tout cela.
Avec votre livre "Bohémiens", vous avez néanmoins apporté un autre regard sur la mascarade...
N. L. : Depuis que j’ai effectué mes recherches sur les Bohémiens, je ne vois plus la mascarade de la même manière. Les Bohémiens, dans une mascarade, sont sales, vulgaires, saouls. J’ignorais l’existence d’un peuple bohémien au Pays Basque. Je reste gênée durant les mascarades. Durant la partie de l’après-midi, je vois du racisme dans la manière de présenter les Bohémiens. Les paroles, le jeu, au milieu de la place, le discours est vraiment limite.
Vous vous êtes récemment rendue en Roumanie, pour y voir la mascarade locale...
N. L. : Oui, et c’est la même chose. Sauf que là-bas, on distingue clairement les Tziganes. Pas ici. Pourtant, durant les mascarades souletines, ils sont parfois là, dans le public. Mais je ne leur ai jamais demandé leur avis.
Pourtant, ce sont eux qui ont importé la mascarade au Pays Basque ?
N. L. : A mon avis, oui. Cela m’a paru limpide en Roumanie. Mises à part les danses, la musique et la langue, les similitudes sont incroyables, c’était la même chose. Comme le personnage du "zamaltzaina". La même ambiance. A l’origine, les mascarades étaient les fêtes des bohémiens. Ils allaient de village en village, d’où les barricades.
La même chose a lieu en Roumanie, en Italie également, dans la région de Naples. J’y suis allée l’été dernier. Selon moi, il s’agit du même groupe tzigane dans les trois lieux que je viens d’évoquer. Lorsque les amis tziganes de Moldavie sont venus en Soule, ils ont senti quelque chose de particulier. Ce sont nos cousins ! Sérieusement, je veux pousser mes recherches encore plus loin.
Quand et comment le racisme que vous évoquez est-il apparu dans les mascarades ?
N. L. : Je ne sais pas. Ce n’est pas une mince affaire, puisque les Bohémiens ont vécu ici. Ils n’ont pas fait que passer, ils sont restés, ont appris le basque. Des mariages ont même eu lieu entre Basques et Bohémiens. En Basse Navarre comme en Soule, à Menditte, Osas... ils étaient liés. De nos jours, ils vivent dans des maisons, ont un métier. Tout en effectuant mes recherches, j’ai entendu que les Bohémiens étaient intégrés au Pays Basque. Mais ce n’est pas vrai. C’est en général difficile pour certains d’entre eux.
Pas seulement en Soule, il y a aussi l’exemple d’Ispoure en Basse Navarre...
N. L. : Je peux affirmer qu’en 1860, il n’y avait pas encore de Bohémien à Ispoure. C’est donc relativement récent. Pourtant, je n’ai jamais présenté mon livre en Basse Navarre.
De nos jours, comment sait-on qu’il s’agit de Bohémiens ?
N. L. : Je ne sais pas. Je connais quelques familles, mais cela m’est difficile d’aller leur poser des questions.
Est-ce encore tabou que d’être Bohémien en Pays Basque ?
N. L. : Oui. Une réalisatrice a voulu leur consacrer un documentaire, mais les Bohémiens n’ont pas voulu lui répondre. Cela me fait mal que ce peuple soit assimilé à des sortes de bêtes dans les mascarades.
Comment peut-on y remédier ?
N. L. : Le premier pas serait de connaître l’histoire des Bohémiens. Et les changements en découleront. Aujourd’hui, nous, les Basques, sommes les rouges, et les Bohémiens sont toujours les noirs. Selon moi, ce n’était pas du tout comme cela avant. J’ai déjà lu dans des livres le "gatuzain" comme "pitxu", ou "zamaltzaina" qui court partout. A présent, "zamaltzaina" est toujours élégant parce qu’il nous représente. Nous, les Basques, sommes nobles tant qu’à faire !
Et le petit peuple basque, où est-il ? Il faudrait équilibrer tout cela. En Roumanie, "jauna" et "anderea" sont sales, dans la boue. On devrait plus se moquer de nous-mêmes ! Pourquoi toujours se déguiser en Bohémien pour dire certaines choses ?
En gardant les mêmes pièces du puzzle, mais en changeant leur disposition, on peut ouvrir de nouvelles perspectives. Mais tant que nous continuerons de renier les Bohémiens dans notre société, il sera difficile de changer les choses dans les mascarades. Pourtant, notre sacro-sainte culture du carnaval pourrait très bien être une culture bohémienne.
*Maskar: en langue tzigane, ce mot signifie au milieu. Deux représentations de ce spectacle auront lieu en Soule en mars 2012, faute de mascarade.
Entretien réalisé par Xan Aire dans le cadre du partenariat entre l'Institut culturel basque et eitb.com. Pour en savoir plus (enregistrement audio, photos, liens utiles), consultez le site eitb.eke.org.
Les infos du Pays Basque
Retrouvez toutes nos actualités les plus récentes relatives au Pays Basque recueillies sur une seule page.
infos à la une
Infos
Infos
Le plus vu
Vídeo de El Conquistador | Isa se atrevió con las serpientes
Vídeo Al rescate | Clases de reciclaje con Xabier Mikel Errekondo
Vídeo de la programación especial sobre el final de Copa del Athletic
Video de la pérdida de peso de concursantes | El Conquistador
EITB a la carta: La televisión que te gusta, cuando a ti te gusta
Vídeo de los concursantes emocionados con sus colores | Conquistador
Video de Euskadi Directo | Si gana el Athletic... ¡cena gratis!
Video de ED | 'Rollito Athletic' gana el concurso de Pintxos
Alberto Bocos a su llegada al Athletic Hiria | Audio Boulevard
Cine erótico para mujeres | Cabaret Desire | La Noche Despierta
Audio MQP | 'MQP' entrevista al neuropsicólogo Javier Tirapu
Retransmisión del gol que marcó Guarrotxena en la Final de Copa del 84
Paseo por la ciudad de los íberos y las fronteras del Imperio romano |
Los protagonistas del vídeo "Athletic Club; Bizi, sentitu" | Boulevard
Desafío en tándem contra Beloki y Anemias. ¡Llegó la hora de la verdad!
Pirelli desnuda a las mujeres más bellas para su calendario 2012
Vídeo de final Copa del Rey | Dispositivo especial en Bilbao
Vídeo Robos en Bizkaia | Aumentan robos sin reventar cerraduras
Video de Euskadi Directo | Si gana el Athletic... ¡cena gratis!
Video de ED | 'Rollito Athletic' gana el concurso de Pintxos
Vídeo de casos de bebés robados | Reconstrucción del caso de Itsasondo
Video de los archivos secretos de Christopher Lee | La Noche De
Video de Euskadi Directo | Arrasate es anti 'puerta a puerta'
Vídeo del himno del Athletic | Final partido Athletic-Manchester
La reforma laboral sufre 26 modificaciones antes de ser aprobada
Vídeo del Athletic y Barcelona | La final de Copa llega al Congreso
Cientos de ultraderechistas se manifiestan en defensa de la unidad de España
Vídeo de final de Copa | Cuadrilla de Getxo en limusina a Madrid
Vídeo de Puyol y Xavi con la ikurriña en la Final de Copa del Rey
Vídeo: Ánimo al Athletic para la final de Copa 2012 con el Barcelona
Vídeo Final Copa del Rey | Aficionados del Athletic, rumbo a Madrid
Vídeo pitada final Copa del Rey | Declaraciones de Esperanza Aguirre
Vídeo Los aficionados del Athletic tiñen de rojiblanco las calles de Madrid
Vídeo del Athletic | En Harley Davidson desde Mañaria hasta Madrid
Vídeo del Athletic | Spot de San Miguel para la final de Copa del Rey
Pirelli desnuda a las mujeres más bellas para su calendario 2012
Athletic-Barça: Declaraciones de Guardiola | Final de la Copa del Rey
Vídeo de final Copa del Rey | Dispositivo especial en Bilbao
Video de Euskadi Directo | Si gana el Athletic... ¡cena gratis!
Julio Medem presenta un largometraje de siete cortos sobre La Habana
Museo de Bellas Artes de Álava recupera la obra de Pablo Uranga
Vídeo de La Noche De | Nikole Kidman sufrió un accidente en un rodaje
Vídeo de exposición de David Hockney en el Guggenheim Bilbao
Vídeo de conciertos de Doctor Deseo y The Uski's en San Mamés
Lauroba taldearen bideoklip berria: ''Sua gara'' | Bideoklipa
Vídeo de Cannes | Nicole Kidman seduce a Cannes con "The Paperboy"
Black or white abestiaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
We go together abestiaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Party Rock Anthem kantuaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Sirokaren Musikaz gozatu abestiaren bideoklipa | Bideoklip lehiaketa
Girls just wanna have fun abestiaren bideoklipa | Bideoklipa
Mama Luba abestiaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
La mandanga abestiaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Thriller abestiaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Serebro taldearen bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Paradise kantuaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Mama Luba kantaren bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa
Serebroren Mama Luba bideoklipa | Gaztearen Bideoklip Lehiaketa