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Dassault : ceux qui ne prennent pas l'avion sont priés de descendre

Ramuntxo Garbisu

08/04/2009

Alors que la crainte de mesures sociales plane sur les usines de l'avionneur français, notamment à Anglet, les cadres, dirigeants, et même Nicolas Sarkozy ou l'Armée de l'Air, ne verront pas cette crise structurelle affecter leurs "trains de vie".

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La crise qui touche l''activité industrielle depuis l''été 2008 n''épargne pas le groupe Dassault Aviation qui, pour la 1ère fois depuis 1990, a envisagé des mesures de chômage technique et de congés imposés à ses sites de production : sur son site d''Anglet (Pays Basque nord), l''usine fermera ses portes au mois d''août comme traditionnellement, mais avec plus d''appréhension que les autres années.

Ce matin, le Comité Central d''Entreprise du leader français de la construction d''avions civils (les Falcon) et militaires (Rafale, drones, etc...) a confirmé la possibilité d''envisager des "mesures de chômage technique" dès septembre, "selon les besoins et les établissements".


Un groupe touché, mais pas coulé

Dassault Aviation a présenté l''hypothèse de mesures moins drastiques que celles appliquées aujourd''hui chez ses concurrents, comme le canadien Bombardier, qui a procédé à des suppressions d''emplois dans sa branche aéronautique équivalent à 10% des effectifs du groupe.

Son Directeur Général, Jean-Michel Estrade, l''avait précisé la semaine dernière au Forum Aerospace Valley de Biarritz : les "amortisseurs économiques" auraient tous été utilisés (plus d''intérim ou de CDD, ruptures de contrats avec les sous-traitants).

Une vision sombre de la situation économique du groupe, que certaines décisions stratégiques, différentes et récentes, de Dassault Aviation pourraient également expliquer.

Fin 2008, le traitement salarial des grands cadres du groupe n''a pas été affecté par les effets déjà tangents de la crise et la baisse de moitié des dividendes aux actionnaires, annoncée avec moultes effets de communication, est en fait simplement reportée d''une année.

La politique militaire du groupe n''a pas été modifiée, malgré l''absence de ventes réelles de l''avion de chasse Rafale, un "bijou de technologie" dont l''Armée française reste l''unique client.

Quant au Chef de l''État, que les Français se serrent la ceinture est un choix que, lui, présidentiellement, n''a pas adopté : il attend toujours avec impatience la livraison du nouveau-né de la lignée des Falcons, le F7X, un "bijou" tout court qui ne se vend pas en dessous de 31 millions d''euros.


La crise du marché privé

Les clients traditionnels du "taxi d''affaires aérien" de Dassault Aviation, le Falcon, ont alimenté pour la plupart d''entre eux l''actualité de la crise bancaire et financière de ces derniers mois : Citigroup, Royal Bank of Scotland ou l''assureur américain AIG .

Avec la crise, ce marché s''est retrouvé frappé d''un "effet de mauvaise image" : alors que 80% des achats de Falcon servent réellement à la prospection économique des grandes entreprises, les 20% d''achat plus "bling bling" de ces avions privés auraient tendance à impacter durablement la possession d''un tel équipement, la raison la plus importante des reports d''achats ou d''annulation.

Résultat immédiat : le groupe enregistrerait actuellement autant de commandes que d''annulations de cet avion privé, motivant la décision de ralentir sa production, passée de 12 par mois à 8 actuellement.

Un constat que le dernier bilan financier fin 2008 ne noircissait pas autant, puisque lors de la commission économique du 8 décembre 2008, la Direction Générale estimait à 10% le taux d''annulation de commandes, en prenant soin de préciser qu''il n''y avait pas d''inquiétude majeure à avoir (page 71 du rapport annuel du groupe).

C''est aujourd''hui une réalité indéniable que les financiers du groupe avaient largement sous-estimée : à raison de 30 millions de dollars par avion, chacun de ces désistements affecte donc directement le groupe.


Un groupe pourtant solide financièrement

L''argument financier est le suivant : "Le résultat net a reculé de 2% à 373 millions d''euros". La communication de Dassault Aviation est donc semblable à ce que l''on entend un peu partout : "Le groupe est plombé par la crise qui oblige toute entreprise à serrer son budget".

A y regarder de plus près, ce "-2%" si désagréable aux oreilles des actionnaires fait pourtant référence à une année 2007 record du groupe : 3,75 milliards en 2008 sensiblement inférieurs aux 4,08 milliards d''euros de chiffre d''affaires en 2007, mais largement supérieurs aux 3,3 milliards de 2006 ou 3,4 milliards de 2005.

De là à engager des mesures sociales drastiques, il n''y a qu''un pas que les dirigeants du groupe n''ont guère hésité à emprunter, malgré une situation financière enviable : la "Trésorerie Disponible consolidée" s''élève à 4,43 Milliards d''Euros au 31 décembre 2008, contre 4,56 Milliards d''Euros au 31 décembre 2007 (page 8 du rapport annuel)


Le salariat utilisé en "variable d''ajustements"

"Après les schémas classiques de réduction des emplois intérimaires et l''affaiblissement des sous-traitants, le groupe a en effet annoncé la mise en place de prise obligatoire d''un jour de RTT par semaine et d''un maximum de congés à poser avant l''été afin de freiner la production", confirme le Délégué CFDT de Bayonne Jean Baptiste Etcheto, "mais cela ne suffira pas".

Pour la 1ère fois depuis sa dernière crise de 1990, des mesures de réduction salariale pourraient intervenir à court terme si la crise perdure.

Une réalité qui semble avoir épargné le Président Directeur Général du groupe, Charles Edelstenne, pour lequel le Comité directeur a validé l''augmentation de 4,5% de son salaire à 667.170 euros brut annuel (page 27 du rapport annuel), sans compter ses 44.000 euros annuels de "jetons de présence".

Les actionnaires se sont vus eux proposer des dividendes inférieurs de moitié à ceux de 2007 mais l''observation des comptes montre que le bénéfice enregistré malgré tout est inscrit dans les "reports à nouveaux", c''est à dire garantis dans un versement futur.

Quant aux cadres du groupe, certains d''entre eux acceptent sous couvert d''anonymat de reconnaitre qu''ils ont perçu pour 2008 des primes d''intéressement équivalentes à celles de l''an passé, à savoir "5 à 6 mois de salaire, en gros".


Une stratégie militaire improductive mais reconduite

La distinction entre fiction et réalité dans des annonces présidentielles de décembre 2007 comme, par exemple, "La Lybie nous a commandé une dizaine d''avions Rafales" s''estompe comme une vieille légende un peu gênante.

La réalité est pourtant différente : l''Armée française est le seul client de ces avions de combat français, aussi sophistiqués que chers.

Le Chef de l''Etat s''investit personnellement dans cette stratégie : un Livre blanc gouvernemental a entériné le principe d’une aviation de combat française portée à 300 appareils, "ce qui est cohérent avec le nombre de RAFALE prévu à terme", souligne avec soulagement le rapport annuel (page 11 du rapport annuel).

Pour d''autres clients (ont été évoqués publiquement le Maroc, la Suisse), le rapport annuel de Dassault ne le cache pas : en 2009, seules les perspectives de réparation des anciens modèle Mirage est d''actualité pour l''international.

Cela n''empêche pas le groupe de consolider sa "déclaration d''intérêt" pour pour la société Thales, qui, notamment, fournit les composants du Rafale (page 12 du rapport annuel)

Des relations "historiquement très étroites", qui se traduisent tout de même par un coût financier 2009 de 1,96 milliards d''euros.

A noter, une auto-congratulation enthousiaste du groupe : des tirs de missiles AASM par une escadrille de Rafales en Afghanistan en 2008, crédités de fait au bénéfice financier du groupe.


La politique "schizophrénique" de Nicolas Sarkozy

Le Chef de l''État français ne cache guère son exaspération de ne pas disposer d''un avion présidentiel comparable au "Air Force One" du Président des États Unis. Patience, un ancien Airbus est en train d''être remodelé à sa guise, pour un montant de 230 millions d''euros.

Mais cela n''est pas suffisant pour cet "homme pressé".

La présence d''une flotte présidentielle de neuf Falcon 9000, sans doute un peu démodés, sera bientôt complétée par deux Falcons F7X flambant neufs, la toute nouvelle génération de ces avions privés, un "bijou" auquel Nicolas Sarkozy ne comptait pas renoncer.

Son prix est élevé, chacun d''entre eux coûtant au moins 35 millions d''euros.

On ne sait pas pour l''instant si le Président français règlera cette facture avec les crédits de la relance pilotés par Patrick Devedjian.

Ou si cette "douloureuse" retombera dans les lignes d''imposition de Français qui, eux, doivent attendre encore quelques mois pour changer leur voiture, même en mauvaise état.

Quant au nouveau credo du Grenelle de l''Environnement et la réduction de l''émission des gaz à effets de serre, il faut espérer que Nicolas Sarkozy découvre le principe de la vidéo-conférence et cesse d''expliquer ce message éminemment environnemental aux quatre coins de la planète, à bord de son nouveau joujou.



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