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Radioactivité industrielle

La radioactivité de Fertiladour n'arrête pas la Région Aquitaine

Ramuntxo Garbisu

19/06/2009

Le 25 juin prochain, sera soumis au vote le rachat pour 6 millions d'euros des terrains encore contaminés de l'ancienne usine de Boucau, sans contraindre le pollueur à décontaminer le lieu, et en mettant fin au projet alternatif de la municipalité.

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Dans la perspective de l''assemblée plénière du 25 juin au Conseil Régional d''Aquitaine, une note interne à destination des élus estime "stratégique" le rachat par la collectivité publique des 8 hectares de l''ancienne usine du Boucau, malgré l''existence officielle d''un hectare présentant encore une radioactivité largement supérieure aux normes tolérées.

Mise de nouveau en évidence en février 2009 par une cartographie officielle de la radioactivité sur les lieux, la contamination des terres concerne pourtant près d''un hectare, dont les contraintes incomberont au futur acquéreur.

Le propriétaire du site, le Groupe Roullier, qui exploite une autre usine d''engrais, Agriva, sur la zone portuaire de Bayonne (Pays Basque nord), échappe par un "traitement de surface" au principe du "pollueur-payeur".

La Mairie du Boucau, quant à elle, voit son projet de zone commerciale écarté au profit des intérêts économiques du Port de Bayonne, malgré sa volonté de tourner la page industrielle de son entrée de commune.


6 millions d''euros, et la Région reprend la main

La semaine prochaine, le 25 juin, l''assemblée plénière des élus du Conseil Régional d''Aquitaine votera le rachat, pour une somme de 6 millions d''euros, des terrains de Fertiladour, l''ancienne usine d''engrais et de minéraux du Boucau.

Une "opportunité unique", comme le décrit une note de préparation à l''intention des élus de la Région, motivée par la nécessité d''être "réactif vis à vis de nouvelles industries".

"Les négociations se précisent en vue d''une transaction qui pourrait se conclure pendant l''été 2009", peut-on y lire.

Pour Jean-Louis Carrère, Vice-Président chargé des Infrastructures à la Région, "l''acquisition par le Conseil Régional ne fait pas de doutes".

Reste à savoir si les élus de la majorité, constituée du Parti Socialiste, du Parti Communiste et des Verts, rejoindront cette volonté.


La radioactivité n''a pas disparu pour autant

Ce document ne porte cependant aucune mention de la contamination radioactive des terres de Fertiladour, pourtant officielle depuis 1997, consécutive au broyage de terres rares riches en thorium principalement entre 1973 et 1992.

Un arrêté préfectoral, le 20 avril 2000, ordonna l''arrêt immédiat de cette activité, et l''établissement d''une première cartographie radio-nucléaire.

250 m3 de terres très contaminées seront excavés, isolés et stockés sur place jusqu''à octobre 2008, tandis que le reste, placé sous surveillance et estimé à 10.000 m3, est encore présent dans le sol de Fertiladour.


Un hectare de terrain encore radioactif

Aujourd''hui recouvertes de graviers, ces terres ont fait l''objet en février 2009 d''une nouvelle cartographie radioactive, qui en montre l''étalement progressif sur le terrain : même mesurée à 1 mètre du sol au dessus des graviers, près d''un hectare présente une radioactivité supérieure à la limite maximale autorisée de 0,5 µSv/h.

Le vote de la Région interviendra avant les conclusions quant aux conditions de cessation d''activité de Fertiladour. "Elle sera finalisée cet été", assure Jean-Louis Carrère.


Des contraintes... pour le futur propriétaire

En charge du dossier, la Direction Régionale de l''Industrie de la Recherche et de l''Environnement, et son délégué sur Anglet, Michel Amiel, affirme en effet maîtriser la situation depuis des années.

Recouvrir de cailloux les zones encore contaminées, comme cela a été fait pour l''instant, vaudra à l''industriel la possibilité d''être "dans les clous", sans se voir contraindre de tomber sous le coup du "pollueur-payeur".

Le futur acquéreur, lui, n''aura pas le droit, sur un hectare, d''envisager des fondations ou des enfouissements (réseaux électriques, hydrauliques), et tout travaux devra être effectué sous le contrôle obligatoire d''un bureau d''études spécialisé en radioactivité.


Une volonté régionale qui ne regarde pas à la dépense

"Du fait d''un projet privé concurrent, le niveau de prix pourrait être de 6 millions d''euros", estime la note interne, soit un prix au m2 (90 euros) supérieur à celui du site voisin de Mouguerre (60 euros), non radioactif et tout équipé.

Par ce gros chèque, la collectivité publique se voit donc offrir une "opportunité unique" d''être responsable de terres dont la radioactivité décroît de moitié tous les 14 milliards d''années.


Les écologistes parlent "d''inconscience"

Le 16 avril dernier devant la presse, les organisations de défense de l''environnement CADE et Aloes-Boucau mesurèrent, au-dessus des gravats, de nombreux points avec des taux de radioactivité 4 fois supérieurs à la limite tolérable.

Depuis, une couche de goudron est venue se rajouter à cette "histoire exemplaire de maltraitance des salariés, des riverains, et de l''inconscience de la gravité de la situation", comme l''ont décrite ces lanceurs d''alerte.


Le projet de ZAC à Boucau n''est plus d''actualité

L''achat de ces 8 hectares aura pour vocation de renforcer l''activité industrielle du Port de Bayonne, déclare Jean-Louis Carrère, contrairement au projet alternatif présenté le 6 mars dernier pour ce même terrain par Marie-José Espiaube, Maire du Boucau.

Après avoir affirmer vouloir "faire décontaminer au préalable" le site, la municipalité boucalaise portait le projet d''une Zone d''Activités Commerciales, avec un centre commercial, un restaurant et l''accueil d''entreprises de services, une alternative combattue peu goûtée par la région et son mandataire, la CCI.

Depuis quelques semaines, les élus boucalais tentaient pourtant de négocier l''obtention de la moitié des 8 hectares pour y implanter une version réduite de leur projet.

En déclarant que "leur projet n''est pas acceptable en ce qu''il n''est pas possible aujourd''hui de condamner l''extension économique du Port", Jean-Louis Carrère a certainement mis fin à leurs prétentions.

"On ne peut pas laisser une commune gérer un tel scénario", conclut-il.



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