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Pollution maritime

Surfrider traque les ''camemberts de la mer'', de Paris au Portugal

Rédaction

27/02/2010

La présence de milliers de rondelles plastiques sur la côte basque a nourri une longue investigation de Surfrider 64, permettant d'identifier ces macro-déchets, présents de la Seine jusqu'au Portugal.

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De drôles de camemberts en plastique repérés depuis deux ans sur les plages du littoral Côte Basque-Sud Landes ont livré une partie de leurs secrets, après une investigation menée depuis plusieurs mois par l''antenne des Pyrénées Atlantiques de Surfrider Foundation Europe.

Lancée via le blog local de l''organisation environnementale, une fiche d''observation circulant sur Internet a permis de découvrir en décembre dernier que ces rondelles cannelées, d''une matière proche du polypropylène, sont en fait les supports résiduels de "médias filtrants", utilisés en premier lieu dans des aquariums au Japon, puis étendus depuis quelques années au niveau mondial pour le retraitement des eaux usées.

Placées en grand nombre dans un bassin de filtration et mis en mouvement par le flux de l''eau, ces roulettes libèrent en effet des micro-organismes déposés à leur surface, qui rongent les matières organiques contenue dans l''eau, la purifiant.

Leur présence dans les cuves de rétention et l''activation des micro-organismes qu''ils contiennent est aujourd''hui présentée comme une "technique biologique révolutionnaire", en Chine, aux Etats Unis (sous le nom de AMB&' || 'nbsp;Bio Media) et en Norvège, où la société norvégienne Anox Kaldnes est détentrice du brevet initial, mais sans préconiser une solution pour ces supports une fois épuisés.

En France, les sociétés Vinci et Veolia se sont déjà positionnées sur l''équipement de leurs stations d''épuration, et Suez devrait annoncer rapidement la création d''un nouveau modèle breveté de ces médias filtrants, "permettant de traiter 5.000 litres par bassin là où nous n''en traitions que 3.000 habituellement dans le même laps de temps", se réjouit-on au Service Communication.

N''identifiant aucune unité de traitement des eaux utilisant ce produit sur la côte basque ( à l''exception d''une station d''épuration Veolia dans les Landes à Port d''Albret), Surfrider Foundation 64 décide alors de prolonger ses recherches via ses réseaux sociaux : des internautes confirmeront la présence de ces "camemberts de la mer" sur l''ensemble de la façade Atlantique.

En Bretagne, ils sont observés sur de nombreuses plages proches du Cap Fréhel mais également à proximité des centres de traitements des liquides hydrocarburés des navires du Port de Brest.

Début janvier 2010, on en signale en Gironde au Cap Ferret, et, début février, des internautes de Bilbao renvoient des images prises sur la plage de Sopelana (Biscaye).

Le 19 février, le journal La Voz de Galicia décrit des milliers de "bouts de plastique blanc" qui remplissent les filets des pêcheurs de la rivière du Miño, précédant de quelques jours le témoignage d''internautes les ayant repérés à proximité du port de la commune de Peniche, au Portugal.

Les clients de ces médias filtrants sont dès lors identifiés : les stations d''épurations, l''industrie agro-alimentaire, les papeteries, même si le modèle spécifique utilisé pour le traitement des eaux usées semble être celui le plus observé.

C''est depuis un commentaire sur Internet posté depuis la région parisienne que cette pollution internationale prend une nouvelle tournure.

Vivant sur une péniche au nord de Paris, deux personnes ont vu passer à cette période de mi- février des milliers de "camemberts en plastique" sur la Seine, et une recherche via Google pour identifier leur origine les fait se rapprocher de Surfrider 64.

Particulièrement obstinés, ils avertissent - en vain - les organisations Greenpeace, WWF, puis le Ministère de l''Environnement, et au vu des informations consultables sur le site de Surfrider, ils décident d''alerter la Police fluviale de Paris : leur insistance incitera mollement la brigade des eaux à prélever un échantillon le 19 février.

Vendredi 26 février, la cellule OPJ de la Brigade fluviale confirme une instruction en cours sur ce sujet.

Constatant une intensification du passage de ces bouts de plastique, ils remontent en voiture le long de la Seine, et demandent des explications à la station d''épuration Veolia à Choisy Le Roi, où le technicien en poste confirmera les avoir déjà détectés en quantités très importantes, avant d''être "rectifié" par le Directeur du site qui demande à nos deux curieux de bien vouloir "formuler leurs questions par écrit ou par fax";

C''est près de l''Usine intercommunale de Traitements des Eaux d''Evry et de Corbeille, près de Corbeil Essonne, qu''ils feront quelques jours plus tard la découverte sur la berge de la Seine de tas de plusieurs mètres cube de ces bouts de plastique, à un mètre du fleuve.

"En voyant ces tas, nous avons pris conscience de la défaillance énorme qui caractérise l''utilisation de ces médias filtrants", expliquent-ils, "il est impossible de remonter la traçabilité de ces éléments, impossible de savoir exactement quelle station d''épuration s''en est débarrassé".

Des photos, envoyés immédiatement à Surfrider 64, nourrissent aujourd''hui preuve à l''appui des courriers envoyés à la Direction Régionale de l''Environnement, "de tels rejets sauvages vont affecter les éco-systèmes, des oiseaux aux poissons qui vont les ingérer, pas question de passer cela sous silence", fulminent-ils.


Surfrider Foundation en première ligne sur ce dossier

"Quel paradoxe ! Les roulettes de plastiques utilisées pour purifier les eaux usées terminent leur vie à l''état de déchets dans la laisse de mer de nos plages !"

Pour François Verdet, cheville ouvrière des bénévoles du siège de Surfrider Foundation Pyrénées Atlantiques, cette dérive de "camemberts de la mer" sur l''ensemble de la façade Atlantique pose le problème de ces macro-déchets visibles, présents dans la mer, mais dont l''origine vient fréquemment d''une pollution au niveaux des terres ou des rivières.

"Le droit international classe encore ces déchets visibles dans la catégorie des nuisances, là où Surfrider Foundation Europe souhaite les voir inscrits en tant que pollution sur un plan européen", précise-t-il, en indiquant le souhait de l''organisation internationale d''un dépôt des pétitions en lignes à Bruxelles pour le mois de mai 2010.

La question économique doit revenir au centre du débat, quand l''efficacité/rentabilité supposée des médias filtrants ne prend en compte ni ses dommages environnementaux ni le coût de ratissage de toutes les plages, par exemple.

"Aujourd''hui, il est important de rappeler à toutes les collectivités intéressées par ce processus qu''elles doivent en amont réfléchir à la prise en compte de ces déchets résiduels, tout comme chacun des industriels ne peut évacuer cet aspect de ces produits",

Si la mise à jour de cette pollution, via Internet particulièrement, le satisfait, François Verdet lance un appel à tous les internautes afin de collecter de partout des informations complémentaires, afin déterminer particulièrement son caractère accidentel ou régulier.

"Avis aux personnes vivant à proximité ou travaillant dans des fabriques de papiers, dans l''industrie agro-alimentaire, les stations d''épuration ou la pisciculture, ouvrez les yeux, cela pourrait nous être utile. N''hésitez-pas à nous contacter. D''avance merci pour vos photos et témoignages", écrit-il sur le blog de SRF 64.

Tous les renseignements, commentaires et apports sur leur site, la rédaction d''eitb.com emboîtant avec conviction les mêmes incitations. Retrouvez ici une galerie de photos avec les "camemberts de la mer".



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