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Etude sur 5 pays européens

"La valorisation par TMB est un argumentaire commercial"

Rédaction

24/03/2010

En avril 2009, une étude européenne remise à l'ADEME ne cachait pas ses doutes sur l'aspect "valorisation des déchets", censé pourtant promouvoir le Tri-Mécano-Biologique des ordures ménagères.

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Process industriel qualifié de "révolutionnaire" dans les années 80 comme alternative à l''incinération ou à l''enfouissement des ordures ménagères dite résiduelles (OMR), le traitement mécano-biologique (TMB) n''est guère plus présenté en France et en Europe comme la panacée, tout au plus comme "la moins pire des solutions".

Consistant à trier puis à diminuer environ de moitié le volume de déchets ménagers à enfouir ou incinérer, ses pôles de traitement sont aujourd''hui largement accompagnés des plaintes des riverains qui ne supportent plus en particulier ces désagrééments causés par les odeurs, rendant invivables les zones concernées.

Chaque implantation en France s''est pourtant accompagnée de déclarations rassurantes sur une technologie qui promet à l''avenir de trouver une solution qu''elle avait sous-estimée par le passé.

En novembre dernier, Laurent Michel, représentant de la Ministre de l''Environnement Chantal Jouannot,&' || 'nbsp; concluait une table ronde sur la gestion des déchets que le TMB n’était pas l’outil miraculeux du tri.

"La collecte séparative, même si elle est plus difficile à mettre en place en zone urbaine dense, devra être privilégiée", concluait-il.


Au Pays Basque nord, le syndicat Bil Ta Garbi evoque "un projet exemplaire"

C''est donc dans un contexte social et politique assez tendu que le projet arrêté de construction par le syndicat Bil Ta Garbi de deux pôles TMB en Pays Basque nord, à Bayonne et à Charitte-Bas, passe actuellement par une Enquête d''Utilité Publique, jusqu''au 1er avril 2010, pour l''acquisition de 7 hectares en zone sub-urbaine bayonnaise.

Si le syndicat Bil Ta Garbi estime que "le projet d''aujourd''hui n''a plus rien à voir avec ceux des années 80", une expertise menée par le prestigieux cabinet BIPE (spécialisé dans la prévision économique et la prospective appliquée sur toute l''Europe) vient doucher l''optimisme d''un process qui ne fonctionne pas tel que présenté par ses grands constructeurs comme Veolia, Vinci ou Suez.

Le 14 avril 2009, en collaboration avec l''ADEME (Agence de l''environnement et de la maîtrise de l''énergie), après étude du fonctionnement du principe de valorisation organique des déchets dans 5 pays (Allemagne, Angleterre, Espagne/Catalogne, Belgique, France), leur constat était clair et sans appel : "la valorisation est un argumentaire commercial pour faire accepter les projets".

L''analyse a porté sur le fonctionnement de 65 TMB dénombrés en 2007 : 45 en Allemagne, 10 en Angleterre, 2 en Belgique, 3 en Catalogne et 5 en France.

Retour sur les principaux enseignements de cette étude publique, intitulée "TMB : des outils flexibles en réponse aux contraintes locales"


Présentation du processus de Tri Mécanico-Biologique (TMB)

Le traitement biologique et mécanique (TBM) est une technique qui combine un tri mécanique et un traitement biologique appliquées aux Ordures Ménagères Résiduelles (OMR), c''est à dire débarassées des matières ferreuses ou plastiques préalablement séparées.

Environ 10% des OMR contenant des substances ferreuses ou plastiques en sont extraites après un tri mécanique.

Environ 40% des matières mélangées subissent un nouveau traitement mécanique et biologique, chargé de faire maturer après chauffage et fermentation des substances susceptibles d''être finalisées sous forme de biogaz ou de compost.

Les 50% résiduels sont destinés à être retournés vers des Centres de Stockage de Déchets Ultimes, ou vers des centres d''incinération.

En photos, c''est plus clair, et surtout plus joli.


En Europe, on freine le mouvement ; en France, on accélère

Dans la majorité des cas, ces implantations, parfois anciennes, ont été rendues possibles par le fort rejet des populations des incinérateurs sur leurs territoires, favorisant ainsi "l''acceptabilitié plus grande des TMB par la population", note le BIPE.

En Allemagne, deux TMB ont fermées en 2007 et seules 2 autres unités étaient prévues à l''horizon 2012.

En Angleterre, la réflexion est plus portée sur une plus grande sensibilisation au "tri sélectif à la base", permettant de ne pas avoir à agrandir le parc actuel des TMB.

En Belgique, le coût de fonctionnement se montre au final plus élevé que l''incinération, freinant d''autant son développement, et incitant de fait à une forte campagne médiatique pour obtenir des habitants une forte responsabilisation quant au tri sélectif à la base.

La Catalogne constate aujourd''hui "une faible efficacité des TMB", et incite à un "accroissement de la collecte sélective". Si 5 installations sont prévues à l''horizon 2013, "la recherche actuelle de production d''energie renouvelable par incinération pourrait remettre en cause son développement", note le BIPE.

En France, le parc des TMB passe de 5 en 2007 à une cinquantaine de projets annoncés pour 2013. Pour autant, "de vraies questions demeurent à moyen terme", souligne le BIPE, à savoir si "les TMB peuvent-ils se substituer à une collecte sélective ?", et de citer le cas aujourd''hui exemplaire de l''Espagne.

Et précise encore que "L’encadrement réglementaire des installations reste à compléter (impacts des TMB sur le milieu par exemple …)".


Une valorisation par compost mise en doute au niveau européen

Si "la valorisation est un argumentaire commercial pour faire accepter les projets", alors la France ressemble donc à un marché prioritaire pour les promoteurs de ce projet.

Représentant dans le meilleur des cas un apport "valorisable" de 25 à 40%, ce compost produit après TMB se heurte à de nombreuses difficultés pour être concrètement utlisable.

En France, ce solde de 25% doit correspondre obligatoirement à la norme NFU 44 051, la seule permettant son utilisation sur des sols agricoles.

Ailleurs, la seule utilisation de cette matière organique obtenue est destinée en couche et sous-couche de décharges de déchets ou de friches industrielles (Allemagne) ; elle est proscrite en Angleterre sur des sols agricoles "afin d''éviter la pollution des sols" en raison de la prégnance de métaux lourds ; en Belgique et en Espagne, seules les ordures triées de façon sélective sont utilisées pour du compost, mais pas après le mélange des ordures générées par le process TMB.

En France, le décret appliqué depuis février 2009 a déterminé une qualité de compost, que la plupart des installations existantes, moyennant de nouveaux investissements, sont en mesure d''atteindre.

Chez Veolia Environnement pourtant, on scrute avec inquiétude un inévitable durcissement de cette norme NFU 44 051, et on confie même que certains collectivités envisagent depuis 2009 de fermer leurs poles TMB en raison du coût trop important pour accéder ne serait-ce qu''à cette norme actuelle, et donc étant mis dans l''obligation de considérer que le "compost valorisé" est redevenu du déchet..



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