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Bayonne

Le projet TMB de gestion des déchets reste pollué de contradictions

Ramuntxo Garbisu

25/03/2010

Alors que se déroule actuellement à Bayonne une enquête publique pour l'acquisition des terrains du futur pôle de "valorisation des déchets par TMB", le projet ne parvient pas à convaincre.

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Le projet par le syndicat Bil Ta Garbi de construire en Pays Basque nord deux unités de gestion de déchets par valorisation, utilisant le process de Tri Mécano-Biologique (TMB), ne cesse depuis plusieurs mois d''alimenter un face à face tendu entre, d''une part, les porteurs du projet soutenus par les élus et, d''autre part, les riverains de la zone d''implantation choisie dans le quartier de Batz, regroupés au sein du collectif ADECH Bayonne nord.

En réunion publique il y a deux semaines, les opposants ont listé devant environ 150 personnes les raisons pour lesquelles ils refusent ce projet.

Si les plus naturelles concernent les désagréments que porte ce type de projet (nuisances sonores et olfactives, dépréciation de leurs biens immobiliers), ils portent aujourd''hui un cri d''alerte contre le processus TMB lui-même, toujours qualifié de "projet exemplaire" par le Président de Bil Ta Garbi, Alain Iriart, mais combattu techniquement comme "incapable de résoudre les besoins de notre bassin de population".

Une sortie de crise a donc été proposée par l''ADECH, avant que fin 2012 ne sonne la fin de la possibilité d''expédier en Gironde l''essentiel de ces 82.000 tonnes d''ordures ménagères annuelles.

Pour eux, seule une politique volontariste de diminution drastique des déchets et un tri sélectif des matières fermentescibles doit guider la réflexion publique, avant que ne soient investis environ 55 millions d''euros pour un projet qui, d''après notre analyse, deviendra effectivement obsolète bien avant son retour sur investissements.

Retour sur quelques contradictions du projet : malgré notre demande insistante depuis trois jours, il ne s''est trouvé personne de disponible à Bil Ta Garbi pour y répondre.


Quel autre exemple que le futur "projet exemplaire" de Bayonne ?

Ce processus de tri puis de valorisation par chauffage et fermentation des déchets n''est plus révolutionnaire aujourd''hui, après que ses premiers pôles aient été construits au début des années 80.

Depuis, les problèmes se sont accumulés sur les "cobayes", essentiellement en termes de nuisances olfactives fortes, qui ont attiré rongeurs, mouches et autres volatiles intéressés.

Après avoir longuement cité le cas du site de Garosud à Montpellier, les défenseurs du projet ont fait prestement machine arrière, depuis que l''on peut trouver sans difficultés sur Internet des vidéos de riverains écoeurés de ne pouvoir ouvrir leurs fenêtres toute l''année.

Aujourd''hui, la plupart des plateformes TMB existantes doivent investir environ 2 millions d''euros pour pallier à un problème qui n''est plus contesté, via des bio-filtres qui seront fournis par les mêmes entreprises qui ont vendu l''ensemble (Veolia, Vinci, Suez).

Un modèle de "modélisation olfactive" permettrait rapidement de convaincre les futurs acquéreurs de cette technologie, confirme-t-on chez Veolia, qui maintiendra à moins de 2% "l''espace temps-nuisance".

Après s''être fait répondre par Bil Ta Garbi que le centre TMB de Varennes-Jarcy pouvait être considéré comme "exemplaire", les membres de l''ADECH ont appris sur le site de l''Observatoire des Déchets de l''Agglomération de Montpellier que cette unité avait pourtant connu en 2007 "un arrêt pour cause de nuisance olfactives sévères".

Sans doute seront communiqués prochainement d''autres démonstrations plus "exemplaires".


Un projet d''avenir... dans une zone urbaine d''avenir ?

Envisagée aujourd''hui dans le quartier nord de Bayonne, cette usine TMB concerne directement à ce jour 4.000 habitants, qui auront à observer au quotidien la différence entre les promesses faites aujourd''hui et la réalité de demain, dès 2013.

En 2015, avec l''extension programmée des zones constructibles proches, c''est 8 à 10.000 personnes qui seront impactées par ce choix d''implantation dans le quartier de Batz.

Présent à la réunion publique de l''ADECH, un jeune primo-acquérant arrivé à Bayonne s''indignait que rien ne soit venu l''informer de cela.

"Les agents immobiliers sont très clairs là-dessus : il faudra vivre là, car vous n''intéresserez aucun futur acheteur", lui a-t-on répondu.

Confirmation apportée par le Comité Interprofessionnel du Logement Bayonne : "Les constructions possibles dans cette zone ne seront plus portées par des privés, à l''évidence, mais uniquement par des promoteurs de logements sociaux".

A 600 mètres de là, le futur éco-quartier du Séqué pourra éprouver le risque de se retrouver sous l''effet des vents dominants issus du pôle TMB.

Contacté par l''ADECH, l''architecte-concepteur a admis ne pas avoir été informé de son implantation.

Le 26 novembre 2009, ce projet du Séqué a reçu quant à elle un prix de la démarche EcoCité... dans la thématique "Déchets".


La valorisation des déchets fortement remise en question

Une étude au niveau européen a remis en question la valeur de la "valorisation" des déchets inhérents au TMB, la qualifiant de simple "argument commercial".

En France, le compost généré, représentant 25% des déchets collectés, doit encore être soumis au préalable à l''accord de la Chambre d''Agriculture du Département, ou pudiquement "amendé" comme en Vendée où est exigée "une amélioration perpétuelle de la qualité du compost".

Le Grenelle de l''Environnement fut l''endroit&' || 'nbsp; où ce compost NFU&' || 'nbsp;44 051 a été longuement combattu, de fait de sa teneur en pesticides, résidus chimiques, médicaments, ou autres indésirables que le procédé TMB&' || 'nbsp;ne peut écarter.

Chez Vinci Environnement, si l''on promet qu''il est possible sans difficulté de produire du "compost NFU 44 051", on admet aussi que, cas par cas, des arrêtés préfectoraux pourraient permettre son épandage "sur des terres à revaloriser avant culture".

Un durcissement de la norme, qui apparait inéluctable de l''avis de tous les opérateurs contactés, pourrait re-transformer de nouveau cette substance valorisée... en déchets.


Le gendarme de l''ADEME freine réellement des quatre fers

Organisme public référence dans les projets innovants, l''ADEME est un interlocuteur de poids dans les grandes décisions des collectivités publiques.

En octobre 2009, une polémique locale éclatait à Bayonne, sur le retrait de l''ADEME sur ce genre de projet qu''elle ne soutiendrait plus : soulevée par l''opposition socialiste, le Maire de Bayonne répondait à ces critiques en affirmant que "l''ADEME ne rentrait jamais dans ces montages financiers", et d''affirmer, "elle ne l''a jamais fait nulle part, pas plus ici qu''ailleurs !".

Une affirmation contredite par le projet de TMB dans la commune de Le Broc (Alpes Maritimes), où, en septembre 2008, l''ADEME PACA a soutenu à hauteur de 500.000 euros le futur pôle TMB&' || 'nbsp;qui doit ouvrir ses portes fin 2010 (35 millions d''euros investis pour 40.000 tonnes annuels, sur un projet conçu, construit et exploité par la société Valco).

Au Syndicat Mixte d''Elimination des Déchets du Moyen Pays des Alpes Maritimes (SMED), on confie avoir eu beaucoup de chances, "maintenant, nationalement, c''est beaucoup plus compliqué, ils ont fermé toutes les portes sur le sujet".


L''implantation choisie à Batz bride toute possibilité d''agrandissement de sa structure

Envisagée dans un triangle entre une route nationale et l''autoroute Bayonne-Bordeaux (en voie d''élargissement), les 7 hectares prévus ne permettront pas de voir le pôle agrandi selon ses besoins.

Avec un volume de 70.000 tonnes à traiter à son ouverture, pour arriver à terme à 80.000 tonnes annuelles, il s''agira donc de traiter les ordures ménagères d''un bassin de population d''environ 220.000 personnes en 2012, qui produisent en moyenne 300 kgs d''ordures ménagères résiduelles, selon les estimations de Bil Ta Garbi.

Avec une augmentation démographique de l''ordre de 9% tous les 5 ans (chiffres donnés par la Chambre de Commerce et d''Industrie de Bayonne), et une période estivale qui, aux mois de juillet et août, occasionnent 50% de plus d''OMR sur la zone, il apparait que l''usine de TMB de Bayonne sera obsolète le 17 août 2022, quand les estivants auront fini d''applaudir le feu d''artifice de Biarritz et que le pôle de Batz dépassera ses capacités de traiter plus de 80.000 tonnes annuelles.

Ces dix ans de fonctionnement, alors que le projet est programmé pour une période d''au moins 20 ans, seront certainement un scénario catastrophe évité, si la quantité de déchets est trié de façon sélective à la base, soit la sortie de crise proposée par l''ADECH.


Où ira ce qui n''est pas valorisé ?

Aujourd''hui, deux centres de stockage de déchets ultimes (CSDU) font l''objet de contrats avec Bil Ta Garbi, 7.500 tonnes au CSDU de Bittola (près d''Urrugne) et celui de Zaluaga (St Pée sur Nivelle).

Avec un volume à traiter de 70 à 80.000 tonnes d''ordures ménagères résiduelles, cela représente de fait 35 à 40.000 tonnes de déchets qui ne pourront être valorisés, et qui repartiront du site de Batz en camions vers des CSDU.

A Zaluaga, on confirme que le marché porte sur 25.000 tonnes à long terme, et n''a pas vocation à être amplifié, "nous avons besoin de cette petite CSDU pour nos besoins propres", répond le syndicat Bizi Garbia.

Seule solution pour trouver une destination pour 5 à 10.000 tonnes annuelles indésirables : l''achat de terrains pour construite une CSDU spécifique, ou d''autres aller-retours de camions, vers la Gironde ou le Pays Basque sud.



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