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Coopération transfrontalière

L'Eurocité basque : un vrai nouveau départ ?

Jean-Marie Izquierdo

09/11/2009

Lundi à Bayonne, Jean Grenet a accueilli ses hôtes du Pays Basque sud pour signer l'élargissement de l'Eurocité à la communauté de communes sud Pays Basque et la ville de Saint-Sébastien.

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Il y eut beaucoup de bonnes intentions exprimées lors de la signature de l''élargissement de l''Eurocité basque à deux nouveaux membres, la ville de Donostia-Saint Sébastien et la communauté de communes sud Pays Basque lundi matin à Bayonne.

Toutefois, on peut légitimement douter de la joie affichée par les acteurs institutionnels de la&' || 'nbsp; coopération transfrontalière.

Après plus de 15 ans de coopération transfrontalière au sein de l''Eurocité, le citoyen entend encore ou toujours de belles intentions et l''ambition répétée, et réitérée par de nombreux représentants institutionnels, de prendre en compte les besoins et les volontés des citoyens.

Aux arguments éthérés d''un bassin de vie local, d''une communauté de citoyens européens, français, espagnols ou basques partageant un même territoire, butent encore la réalité du dessous des cartes des Etats.

Rien n''y fait, ni l''optimisme de circonstance d''un Jean Grenet, ni l''égoïsme de clocher d''un Didier Borotra, ni l''engagement constant des autres partenaires français, basques et espagnols, sans volonté politique forte, la coopération transfrontalière entre institutions trouve difficilement son chemin.

Déjà 15 années peu convaincantes

En 1993, les statuts de l''organisation transfrontalière exposaient que les membres fondateurs décidaient "de constituer ensemble un projet à vocation permanente autour de l''axe Bayonne-Saint Sébastien. Le projet de coopération naît avec une vocation de permanence et sa fonction est d''initier, de rationaliser, de coordonner toutes le actions et tous les projets nécessaires pour doter l''axe Bayonne-Saint Sébastien des infrastructures, équipements et services que toute cité de dimension moyenne exige pour son développement économique..."

Porté à l''époque par un européiste convaincu, Alain Lamassoure, plus de 15 ans plus tard, les incantations n''ont pas survécu au fil du temps. L''idée de travailler ensemble a fait long feu face aux changements de président plus ou moins portés par la volonté de penser ensemble le destin d''un territoire de 50kms de long et de plus de 600.000 habitants d''un côté et de l''autre d''une frontière, toujours bien réelle.

Si l''Eurocité basque s''étend depuis aujourd''hui de la ville de Bayonne jusqu''à celle de Saint-Sébastien, si elle comprend également depuis ce lundi 9 novembre, une nouvelle inter-communalité, celle du sud Pays Basque, le chemin reste encore long à parcourir avant de parvenir à construire un "bassin de vie" tel que nous l''ont présenté, en particulier les élus du Pays basque nord.

"Chacun chez soi et les moutons seront bien gardés"

L''enthousiasme de Jean Grenet et de ses hôtes d''Oute-Bidasoa contraste avec le pessimisme pragmatique à peine feint de l''ex-président de l''Eurocité basque, Didier Borotra, le sénateur-maire de Biarritz, qui fort de ses 7 années de présidence à la tête de l''agence transfrontalière, continue d''assimiler la coopération à une forme concurrence.&' || 'nbsp;

Pour l''ancien président, il n''y a jamais eu de partage politique ni au sein de l''agglomération de la Côte basque, ni à ses frontières. D''ailleurs, il a rappelé dans ce sens que, contrairement aux statuts, l''Eurocité n''était que "un lieu d''information et de communication, d''échanges".

Investi du destin économique et touristique de la ville biarrote, bientôt dotée de la Cité de l''Océan et d''un nouvel aquarium, le sénateur-maire souhaite surtout marquer sa différence que d''associer son offre touristique au sein d''un environnement plus large.

Peu importe si le rugby biarrot s''exporte à Anoeta (Saint Sébastien), le tourisme de congrès et de séminaires devra se faire à Biarritz! Et le Pays Basque s''accommodera très bien de deux aéroports à 40 kms de distance pourvu qu''il en reste un à Biarritz!

Un réalisme ou une franchise qui contraste évidemment avec l''optimisme de circonstance de l''actuel président de la CABAB. En effet, si le député-maire de Bayonne, Jean Grenet semble donner un souffle nouveau à cette agence transfrontalière (n''hésitant pas à déclarer qu''il ''n''y a plus de frontières, seul nous sépare la Bidasoa"). Les deux dossiers phares qu''il compte porter, les nouveaux déplacements et le développement durable ne sont pas de sa compétence et le projet de réforme territoriale en cours ne compte pas changer la distribution des cartes du jeu local.

"Urrats berriak": de nouveaux pas

Avant ces discours, Michel Hiriart, le président de la Communauté de communes sud Pays Basque, créée en 2005, a fait part de sa détermination à poursuivre plus intensément les premiers initiatives entreprises par la jeune institution.

Son objectif qui peut paraître modeste est simplement réaliste: travailler sur le traitement des déchets comme c''est aujourd''hui le cas avec la Mancomunidad de Txingudi en Gipuzkoa et comme l''intercommunalité compte le faire avec la Navarre. Son but est de devenir "un acteur parmi d''autres pour réfléchir en termes de bassin de vie et d''échanges au sein de l''Agence".

Pour le second signataire, le maire socialiste de Saint Sébastien, Odon Elorza, l''enjeu de cet investissement de l''agence transfrontalière est aussi la candidature à capitale européenne de sa ville pour 2016. Le caractère transfrontalier est même stratégique pour la capitale du Gipuzkoa, qui a déjà obtenu le soutien de la CABAB. La capitale du Gipuzkoa joue la carte de la participation citoyenne et des réseaux dans ce grand projet de niveau européen. Le pragmatisme est de mise aujourd''hui, les différentes étiquettes politiques sont mises au placard.

Le président du Consorcio Bidasoa-Txingudi José Antonio Santano n''a pas défendu d''autre idée. Pragmatique, il a rappelé sa volonté d''être utile et trouver des solutions de proximité, en particulier dans le nettoyage des rivières, avant d''envisager, le cas échéant, des coopérations de type économique et des solutions en termes de transport et de communication.

Le réalisme transfrontalier sans compétences

Pour l''heure, en dépit de propos quelque peu grandiloquents, le temps est au prosaïsme. Jean Grenet voudrait croire qu''il ne manque désormais plus que l''intercommunalité des villes autour de la ville de Pasajes (Gipuzkoa) pour que les trous de ce "gruyère" soient comblés entre les colllectivités situées entre la capitale du Labourd et la capitale du Gipuzkoa.

C''est sans compter sur d''autres éléments de taille : côté français, le Conseil général des Pyrénées atlantiques ne participe pas à l''agence transfrontalière. Plus important encore, ce sont les compétences qui manquent au nord de la Bidasoa. Aussi, avant d''imaginer pouvoir conduire des projets d''envergure pour "l''intérêt des citoyens" comme le revendiquait lundi matin Markel Olano, le député général de la Députation du Gipuzkoa et ses congénères, la modestie devrait être de mise, surtout au nord de la Bidasoa.



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