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Thaïlande: la revanche de Thaksin

Rédaction

03/07/2011

Le Pheu Thaï (Parti pour les Thaïs) de Thaksin Shinawatra a obtenu une large majorité. Yingluck Shinawatra devrait devenir la première femme à diriger ce pays du Sud-Est asiatique.

  • Yingluck Shinawatra.

    Yingluck Shinawatra. Photo: EFE

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Cinq ans après avoir été renversé par l''armée, l''ancien Premier ministre thaïlandais Thaksin Shinawatra tient sa revanche. Son parti, le Pheu Thaï, a nettement remporté les législatives de dimanche et sa soeur Yingluck Shinawatra, son "clone", devrait devenir la première femme à diriger ce pays du Sud-Est asiatique. Reste à savoir quelle sera la réaction des élites, notamment au sein de la monarchie et de l''armée.

Après le dépouillement de 94% des bulletins, le Pheu Thaï (Parti pour les Thaïs) de Thaksin Shinawatra obtenait une large majorité, avec 261 sièges sur les 500 de la chambre basse du Parlement, selon les résultats préliminaires communiqués par la Commission électorale. Le Parti démocrate du Premier ministre sortant ne récoltait que 162 sièges.

Dans la soirée, l''actuel chef du gouvernement Abhisit Vejjajiva a reconnu la défaite de son parti. Livide, il expliqué qu''il continuerait de lutter contre une amnistie pour Thaksin Shinawatra. Mais "à partir de maintenant, je veux voir la réconciliation dans la société", a-t-il assuré.

Abhisit Vejjajiva, qui avait expliqué que voter pour Yingluck Shinawatra serait voter pour le "chaos", soupçonne la soeur de l''ancien Premier ministre de préparer son retour à la faveur d''un projet d''amnistie des crimes politiques perpétrés après le coup d''Etat.

Devant la foule de ses partisans au siège de son parti à Bangkok, Yingluck Shinawatra s''est pour sa part réjouie d''une "victoire du peuple". A 44 ans, la photogénique soeur de l''ancien Premier ministre en exil, qui a fait ses études aux Etats-Unis, n''a jamais occupé de fonctions électives.

Son frère, qui l''appelle lui-même son "clone", s''est félicité des premiers résultats du scrutin, un "pas en avant". "Les gens sont fatigués de cet immobilisme", a-t-il expliqué dans un entretien à la chaîne thaïlandaise PBS depuis Dubaï, où il vit en exil pour échapper à une peine de deux ans de prison pour corruption, une condamnation politique selon lui.

"Ils veulent voir un changement de façon pacifique", a ajouté Thaksin Shinawatra, assurant ne pas se trouver dans un esprit de vengeance et être prêt "à tout pardonner". Le milliardaire, qui avait promis de revenir en Thaïlande d''ici la fin de l''année, a déclaré dimanche qu''il ne voulait "pas revenir pour créer des problèmes". Si c''est le cas, je n''ai pas besoin de revenir maintenant", a-t-il expliqué.

Quelque 47 millions d''électeurs avaient été appelés aux urnes pour ces législatives censées ramener la stabilité dans un pays en crise politique depuis cinq ans et le départ forcé de Thaksin.

Le scrutin s''est résumé essentiellement à un duel entre le parti Pheu Thaï, piloté à distance par Thaksin, et le Parti démocrate au pouvoir. Troisième mouture du parti Thaï Rak Thaï de Thaksin, Pheu Thaï défend traditionnellement les populations rurales du pays, notamment du nord, tandis que le Parti démocrate rassemble les élites urbaines et la classe moyenne, notamment à Bangkok et dans le sud.

Après le coup d''Etat militaire de 2006, le parti regroupant les partisans de Thaksin avait facilement remporté les élections de décembre 2007, destinées à restaurer la démocratie. Les anti-Thaksin, les "chemises jaunes", couleur de la royauté, avaient lancé de grandes manifestations, des milliers d''entre eux s''emparant des bureaux du chef du gouvernement Samak Sundaravej en août 2008. Ce dernier avait finalement été obligé de quitter le pouvoir, la justice le jugeant coupable de conflit d''intérêt.

Son successeur Somchaï Wongsawat, également perçu comme un homme de paille de Thaksin, avait lui aussi été contraint de quitter le pouvoir après une décision controversée de la justice, qui avait dissout son parti pour fraudes électorales. Une succession d''événements qui avait permis l''arrivée au pouvoir à la fin 2008 d''Abhisit Vejjajiva, soutenu par l''armée.

Mais la crise a culminé l''an dernier avec les manifestations massives des "chemises rouges", regroupant notamment des partisans de Thaksin Shinawatra, retranchés dans un camp fortifié à Bangkok. Le mouvement, réprimé par l''armée, s''est soldé par 91 morts et 1.800 blessés, semant le chaos dans la capitale.

Le scrutin de dimanche s''était donc déroulé dans un climat tendu, avec quelque 170.000 policiers déployés dans tout le pays pour assurer la sécurité dans les bureaux de vote.

Pour tenter d''apaiser les esprits, le général Prayuth Chan-ocha, chef d''état-major des armées, avait réaffirmé que l''armée restera neutre, y compris si la soeur de Thaksin devait devenir Premier ministre. Mais certains observateurs pensent qu''au contraire, tous les signaux laissent présager une plus grande intervention de l''armée. D''autres estiment qu''Yingluck pourrait être autorisée à occuper le pouvoir si elle accepte de ne pas faire poursuivre les militaires qui ont chassé son frère en 2006 ou ont été impliqués dans la répression sanglante du mouvement des "chemises rouges".



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