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Premières élections de l'après-Kadhafi en Libye

Rédaction

06/07/2012

Les électeurs libyens sont appelés aux urnes samedi pour des élections législatives qui serviront d'épreuve de force aux partis candidats.

  • Premières élections de l'après-Kadhafi en Libye.

    Premières élections de l'après-Kadhafi en Libye. Photo: EFE

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C'est une première étape cruciale dans la transition de la Libye vers la démocratie, après plus de 40 ans de règne de l'ancien dirigeant Moammar Kadhafi, tué en octobre dernier: les électeurs libyens sont appelés aux urnes samedi pour des élections législatives qui serviront d'épreuve de force aux partis candidats.

Les affiches de campagne qui recouvrent les murs de Tripoli contrastent avec les décennies pendant lesquelles le colonel Kadhafi a interdit le pluralisme, considérant la démocratie comme une forme de tyrannie. Pour gouverner, il se basait sur son manifeste politique, le "Livre vert", et le pouvoir était exercé par son clan.

Environ 2,8 millions de Libyens sont appelés aux urnes pour désigner les 200 élus qui composeront la nouvelle législature. Cette dernière nommera un nouveau gouvernement de transition qui gérera les affaires courantes jusqu'à l'adoption d'une nouvelle Constitution. De nouvelles élections devraient être organisées en 2013.

Le scrutin fait suite à une guerre civile qui a laissé le pays en ruine et a mis au jour des conflits ethniques et régionaux, avec une Libye toujours divisée neuf mois après la capture et la mort de Moammar Kadhafi dans sa ville natale de Syrte. Alors que de nombreux Libyens espéraient que la nation, riche en pétrole, attirerait les investisseurs, la situation est toujours aussi délicate sur place. Des milices règnent en toute indépendance, et des crises régionales et ethniques éclatent à un rythme alarmant.

Le vote va également permettre de dresser un état des lieux des forces en présence, et notamment des partis islamistes dont l'influence a progressé en Libye, tout comme dans les pays voisins.

Le Parti de la justice et de la construction, proche des Frères musulmans, a mené l'une des campagnes électorales les mieux organisées et les plus visibles, grâce aux importants moyens financiers dont il dispose. Des jeunes, hommes et femmes, en tee-shirts blancs au logo du parti, font du porte à porte dans la capitale libyenne pour présenter les candidats et solliciter les voix des électeurs.

Trois autres partis devraient tirer leur épingle du jeu: l'Alliance des forces démocratiques de l'ancien Premier ministre Mahmoud Djibril, Al Watan d'Abdel-Hakim Belhaj, ancien djihadiste et commandant militaire pendant l'insurrection, ainsi que le Front national, un des plus anciens mouvements du pays auquel on attribue plusieurs tentatives d'assassinat contre Kadhafi.

La législature devait désigner une commission pour rédiger la nouvelle Constitution, mais le Conseil national de transition (CNT) a décrété jeudi que les membres de cette instance seraient directement désignés par les électeurs, à une date ultérieure. L'objectif est d'apaiser les tensions entre l'est et l'ouest du pays. D'autant plus que dans le cadre du découpage électoral, un tiers des sièges seulement ont été attribués à l'est du pays, les deux tiers restants ayant été réservés pour l'Ouest et le Sud.

Mais la concession est loin de satisfaire tout le monde: "Nous refusons que Tripoli décide pour toute la Libye", a commenté Fadallah Haroun, un ancien commandant rebelle de Benghazi, dans l'est du pays. En début de semaine, d'anciens insurgés et des manifestants de la ville et d'Ajdabiya ont attaqué des bureaux électoraux, mettant notamment le feu à des bulletins de vote. Fadallah Haroun a ajouté que les partisans d'un boycott descendraient dans la rue samedi pour "empêcher les gens de voter, parce que ce vote sert ceux qui nous ont volé la révolution".

A l'Ouest également, certaines voix ont protesté contre la décision du CNT, estimant qu'elle allait saper l'autorité du nouveau Parlement. Le Conseil national de transition "veut affaiblir le nouveau Parlement après ses échecs des derniers mois", a considéré Yassar al-Bashti, candidat du Parti des Libyens libres (libéral).

Selon les observateurs libyens, les électeurs devraient majoritairement se prononcer pour des personnalités qu'ils connaissent, plutôt que par idéologie. Dans ce pays conservateur, presque entièrement musulman, la quasi-totalité des personnalités politiques veulent accorder une place à la Charia dans la Constitution. Le CNT a d'ailleurs confirmé jeudi que la loi islamique y jouerait un rôle.

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