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Un Os dans le Jambon

Toujours pas de pandémie en faveur du vaccin de la grippe A/H1N1

Ramuntxo Garbisu

13/11/2009

Il semble bien que l'idéologie politique du gouvernement soit seule à même d'expliquer le peu d'engouement pour cette vaccination massive. "Vacciner plus pour travailler plus" aurait été plus clair.

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La campagne de vaccination massive contre la grippe A/H1N1 continue de ne guère déplacer les foules, confirmant ce refus élevé des Français d''aller se faire vacciner.

En déclarant la veille de son ouverture que "de nombreux Français peuvent changer d''avis, l''état d''esprit de la population change vite", la Ministre de la Santé Roselyne Bachelot donne concrètement l''impression de gérer cette opération sanitaire comme une "nouvelle réforme", comprenez : traditionnellement impopulaire au début mais "salutaire" à long terme.

Pourtant, la question reste posée : qu''est-ce qui, dans l''état actuel de nos connaissances sur la pandémie, justifierait l''ampleur de la mobilisation à laquelle nous sommes invités ?

Là où tous les autres pays voient des cohortes de citoyens se ruer aux points de vaccination, comment analyser cette indifférence ou cette méfiance ?

L''argument de la menace mortelle n''est plus d''actualité, quand il est admis aujourd''hui que sa propagation est bien plus spectaculaire que son caractère léthal.

Avec 17 décès attribués officiellement en métropole et 27 décès dans les DOM-TOM, la panique est loin de gagner l''ensemble des foyers. Et malgré l''absence de vaccin prêt à temps, tous les départements français d''''Amérique et de Mayotte voient aujourd''hui diminuer l''activité grippale (l''Institut National de Veille Sanitaire considère par ailleurs que l''épidémie est terminée dans le cas de l''Ile de la Réunion).

Actuellement, la grande majorité des personnes atteintes se voit simplement prescrire une semaine d''ibuprofène tout ce qu''il y a de plus classique (anti-inflammatoire faisant baisser la fièvre), et des anti-viraux type Tamiflu pour les personnes à risque.

A l''Hôpital de Bayonne (Pays Basque nord), on confirme que seules les personnes présentant des facteurs de risques aggravés y sont accueillies en soins, et, même là, la personne reste "probablement" atteinte du virus A/H1N1.


Une "probabilité" de grippe A/H1N1, mais pas une certitude

En effet, contrairement à de très nombreux pays, de l''Ukraine aux Etats Unis, la France a freiné brutalement son "désir" de connaitre précisément le nombre exact de personnes atteintes du virus A/H1N1, comme s''il fallait démontrer sa capacité "extra-ordinaire" à résister correctement à une pandémie.

Depuis de nombreuses semaines en effet, seule une appréhension "populationnelle" est effectuée. Et tout est fait pour que ce test ne soit pas nécessaire, laissant un grand flou sur le nombre exact de personnes atteintes.

Dans les faits, le test de virologie (en Aquitaine, seule l''unité bordelaise de Pellegrin est en mesure de l''effectuer) coûte 300 euros s''il relève de l''initiative individuelle du patient, ou 178 euros après passage par l''hôpital. Où il n''est pas effectué automatiquement.

La question de la non-généralisation de ces tests n''est pourtant pas anodine.

En gardant à l''esprit que "la vaccination contre la grippe saisonnière n''apportera pas de protection contre le H1N1, et inversement", comme l''a multi-répété la ministre, ne plus identifier le virus n''est guère rassurant.

Dans le même temps, ne pas quantifier exactement le nombre de cas avérés ne permet pas à l''opinion publique d''opter clairement pour la vaccination massive.

Une quadrature du cercle où se mêlent autant le spectre des bilans dramatiques de la canicule de 2003, que le refus du gouvernement d''expliquer les choix économiques qui sous-tendent sa réflexion, celle d''éviter à la branche assurance-maladie de voler en éclats.


"Vacciner plus pour travailler plus" aurait été plus clair

Dans le cas de cette pandémie largement moins meutrière que la grippe saisonnière, le confinement à domicile des personnes atteintes pose en effet le problème des arrêts de travail.

Si l''on estime à 200 millions d''euros le coût annuel des arrêts de travail pour une cible de population âgée de plus de 65 ans victime de la grippe classique, qu''en sera-t-il avec ce nouveau virus qui s''attaque principalement à une population de 30 ans de moyenne d''âge ?

Pour rentabiliser l''investissement financier sans comparaison qui a été réalisé (1,5 milliard d''euros sans compter l''achat d''un milliard de masques anti-projections jetables), il serait pourtant nécessaire de caractériser clairement "l''ennemi", et ses ravages effectués.

Au final, cette grippe A/H1N1, caractérisée par une mortalité faible et par le refus de suivre précisément la comptabilité des cas avérés, possède des conséquences globales plus dramatiques sur le plan économique que sur le plan sanitaire.

Véritable marteau tricolore sur une affection mondiale, adopter le comportement des autres pays européens par exemple aurait été, semble-t-il, une faute de goût français.

En communiquant sur le nombre réel de cas avérés, et en réservant ses vaccins aux personnes les plus fragiles, tous les pays ayant pratiqué une campagne de vaccination massive ont vu les gens faire la queue - sans panique - devant les centres proposés.


"Cette campagne était une erreur, elle devient un fiasco"

Dans le cas de la France, rappelle Patrick Pelloux (Président de l''association des Médecins Urgentistes de France), "l''erreur a été de ne pas laisser aux médecins de proximité, aux généralistes, et aux hôpitaux le soin de procéder à cette vaccination".

Et de conclure : "Cet achat en masse de vaccins (deux par français, ndlr) est un achat de la peur, ce qui n''est jamais une bonne chose quand on gouverne un pays. On a l''impression que le débat scientifique a été occulté par les ambitions politiques".

En refusant d''écouter l''ensemble des avis de la profession (et pas uniquement les experts liés à des groupes pharmaceutiques), les politiques ont à gérer aujourd''hui une "démonstration par l''absurde" : la France est l''un des rares pays au monde à posséder une telle quantité de vaccins, quand d''autres pays sont encore sur la liste d''attente (notamment en Afrique noire).

"Communiquer n''est pas convaincre", une telle leçon vaut bien un fromage, aurait dit Jean de la Fontaine



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