Société
Rédaction
24/09/2011
Cinq mois après qu'on ait découvert sans vie Yohan Arfini dans une usine de Bayonne, ses proches contestent la version officielle d'un suicide, et demandent l'ouverture d'une enquête criminelle.
Le 1er juin 2011, le parquet de Dax a choisi de classer sans suite le dossier de Yohan Arfini, retrouvé mort le dimanche 3 avril 2011 au sein de la société Agriva, dans la zone portuaire de Bayonne.
L'homme de 37 ans fut retrouvé sans vie au sol à l'aplomb d'une passerelle de silo, et un rapport du médecin légiste dépêché sur place, le Dr Lassabe, aura conclu sur le fait qu'une hémorragie cérébrale était la cause du décès "suite à une fracture du crâne consécutive à une chute de 17 mètres".
L'investigation menée par la gendarmerie de St Martin de Seignanx a quant à elle conclu à la thèse d'un suicide, "l'explication la plus plausible" également pour l'inspecteur du travail M. Collard : au vu de la position du corps, à 3 mètres de l'aplomb de la passerelle, les "lois de la physique" indiqueraient qu'il ne pourrait s'agir que d'un "acte volontaire".
La justice n'a donc rien trouvé à redire sur ce cas, classant l'affaire, quand la famille de Yohan Arfini et ses proches, depuis 5 mois, contestent la thèse officielle d'un suicide, vécue comme une insulte à sa mémoire.
Et de remettre en question une investigation qui n'aurait eu pour seul objectif que d'affirmer sans preuves le passage à l'acte volontaire, une explication formulée au beau-père de la victime à peine 5 minutes après l'arrivée de la gendarmerie sur les lieux du drame.
Les éléments fournis par la famille sur cette histoire montrent qu'il n'est pas forcément besoin d'être un spécialiste de la neuro-chirurgie ou un scientifique de la police pour partager les mêmes interrogations.
Dans les jours prochains, la famille de Yohan Arfini devrait saisir un avocat pour faire ré-ouvrir ce dossier, et demander une contre-expertise.
La thèse d'un acte criminel couvert par l'enquête est leur plus forte conviction, "la seule piste écartée" deux jours après le drame, avait alors confié la gendarmerie à eitb.
Une blessure mortelle sans rapport évident avec la thèse d'une chute de 17 mètres
Yohan Arfini était engagé comme caviste au sein de cette société industrielle de fabrication d'engrais. Selon le médecin légiste, il serait tombé sur la tête, le praticien faisant état d'un "impact sur le crâne avec enfoncement et éclatement du volume occipital-pariétal", c'est à dire à l'arrière du crâne.
Dès le lendemain du drame, il note dans son rapport du 4 avril que cela s'explique par une "chute de 17 mètres environ", qu'aucun témoin n'a pourtant pu confirmer, Yohan ayant été retrouvé sans vie à 22h15.
Sur le croquis qu'il rend aux enquêteurs (voir ici le croquis), ne figure aucune autre lésion, aucune autre fracture aux bras ou aux jambes, ni le moindre enfoncement du thorax.
Un aspect qui ne semble pas l'avoir troublé dans le cas d'un homme de 1m82 et 86 kilos, qui aurait pu être retrouvé totalement disloqué dans une chute de 17 mètres, soit à peu près d'une hauteur de 5 étages.
Seule une trace de sang aura été retrouvé sur son corps, ainsi qu'une ecchymose à l'oeil.
Pour l'électromécanicien de son équipe qui l'a retrouvé sans vie, "Yohan présentait une blessure à la tête et une trace à un oeil", constatation qu'il communiquera à la gendarmerie et à l'inspecteur du travail.
Le corps aura été conservé 15 jours durant à l'écart absolu de la famille, pour une éventuelle autopsie, qui n'a finalement pas eu lieu.
Au funérarium de St Martin de Seignanx, les personnes chargées de la préparation du corps avant l'enterrement transmettront à la famille leur "surprise" de ne pas avoir à réaliser la moindre recomposition corporelle avant sa mise en cercueil.
L'hypothèse d'un accident écartée par l'inspection du travail par "les lois de la physique"
L'investigation menée sur place par l'inspecteur du travail M. Collard conforte la thèse d'un acte volontaire, tout en soulignant la possibilité d'un accident du travail.
La passerelle de laquelle serait tombé Yohan Arfini est parcourue par un garde-fou d'une hauteur réglementaire de 1m27, à l'exception de l'endroit précis incriminé, sur lequel est installé un coffret blindé de 47 cm de hauteur, rendant donc cet endroit non conforme aux règles de sécurité.
Une faute vis à vis de l'article 4121-2 du Code du Travail, prévient M. Collard, qui impose à l'entreprise de protéger mêmes les zones dans lesquelles une circulation habituelle des ouvriers n'est pas prévue.
Pourtant, la responsabilité de l'industriel est écartée immédiatement, le corps retrouvé 17 mètres plus bas n'ayant pu atterrir à 3 mètres de l'aplomb que "par une forte impulsion du corps".
"L'hypothèse d'un acte volontaire apparait la plus plausible, et néanmoins quasiment impossible à confirmer en raison de l'absence de témoins", précise M. Collard.
Aucun test de mannequin de cette taille et de ce poids n'aura été effectué par la gendarmerie lors de son investigation.
Seul le renvoi aux "lois de la physique" sera retenu.
Un suicide, sans aucun élément pour le confirmer
Si le manque éventuel de plaisir de Yohan Arfini pour son travail n'est pas en soi un aspect fortement distinctif des autres individus, en particulier dans cette usine d'engrais, ni son ordinateur personnel ni son téléphone portable n'ont été saisis par la gendarmerie, qui aurait pu éventuellement y rechercher des messages appuyant la version d'une personne en difficultés psychologiques.
L'analyse toxicologique du cadavre n'a pas plus apporté les preuves d'une consommation d'alcool, de drogues ou d'anti-dépresseurs.
Et ses amis le répètent depuis cinq mois : Yohan Arfini était une personne pleine de vie, qui vouait un amour éperdu à sa fille de 14 ans.
Par ailleurs, il était en passe de devenir auto-entrepreneur dans une société qu'il rêvait de monter pour des aides administratives auprès de personnes en difficulté sociale et qui vient d'être enregistrée, un portrait assez éloigné du profil-type d'une personne soumise à des pulsions d'auto-destruction.
Arrivé sur les lieux à 22h40, cinq minutes après la gendarmerie et quinze minutes après la découverte du corps sans vie, le beau-père de Yohan entendra pourtant immédiatement cette phrase : "Ne cherchez pas : c'est un suicide".
Ni ses amis, ni ses proches n'ont été convoqués par la gendarmerie pour une enquête de personnalité du défunt.
Les proches de Yohan Arfini défendent une toute autre version
Pour la famille du défunt, il est inconcevable de penser qu'une chute de 17 mètres puisse occasionner aussi peu de dégâts sur un corps, et l'hypothèse d'un acte suicidaire est toujours vécue comme une offense à sa mémoire.
Une blessure à la tête avec fracture et hémorragie cérébrale pourrait tout autant résulter d'un coup porté derrière la tête, à leur sens, et qui trouverait une concordance avec les faits relevés et consignés trois heures avant la découverte du corps.
Ce soir-là, le dimanche 3 avril à la pause de 19h30, soit la dernière fois où il a été vu vivant, Yohan Arfini s'était présenté exalté devant ses collègues, brandissant un carnet gris, que ce membre du comité d'établissement (non syndiqué) gardait toujours sur lui.
Dans ce carnet aurait été annotée toute une série de dysfonctionnements de sécurité de l'entreprise, avait-il annoncé à ses collègues, en leur répétant "Là, je les tiens ! je les tiens !".
Ce carnet gris n'a été retrouvé ni sur le lieu de la chute ni sur les habits du défunt.
Quand la famille a demandé à la gendarmerie si elle détenait ce carnet éventuellement pour les besoins de l'enquête, il leur aura été fourni en réponse deux feuilles de compte-rendus de comité d'entreprises, pliées en 4, ce qui déclenchera leur colère.
Le responsable hiérarchique de Yohan Arfini, Jérôme Cassou, questionné par l'inspecteur du travail, dira que "Yohan était parfois curieux dans son travail, parfois pas".
Le beau-père et des ouvriers de l'usine auront témoigné de relations tendues entre les deux hommes.
La gendarmerie n'a pas mené d'interrogatoires dans ce sens.
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