
1
Le journaliste Ramuntxo Garbisu filmant la preuve de la radioactivité du site de Fertiladour, au Boucau. Photo : Pays Basque Info
Près de 600 personnes ont pu assister depuis le 11 décembre 2009 à l'une des quatre projections du documentaire "DANS LE PORT... on nous dit que TOUT EST BON", résultat de 16 mois d'investigation sur la zone portuaire de Bayonne (Pays basque nord) par le journaliste d'eitb.com Ramuntxo Garbisu.
Dans ce reportage de 52 minutes, les deux exemples pris des terres contaminées de l'usine Fertiladour du Boucau et des rejets atmosphériques de métaux lourds de l'Aciérie de l'Atlantique (ADA) de Tarnos ont pu mettre en évidence "le manque d'informations à disposition des riverains ou des salariés, tel qu'organisé et structuré par les industriels, les élus et les services de l'Etat", estime-t-il dans cet entretien.
"A ce jour, il n'existe aucun organisme officiel mettant à disposition de quoi dissiper les doutes des riverains quant à leur environnement direct, l'expression "dans un souci de développement durable" servant à masquer le refus de rendre transparente la communication des valeurs réels de rejets dans l'eau ou l'air, ou encore l'état des sols", assure-t-il.
Pour ce journaliste, le Port de Bayonne doit donc être caractérisé par son volume économique, le nombre d'emplois directs et indirects générés, mais également par le fait que "son industrialisation n'a pas comme référence le Grenelle de l'Environnement comme on l'entend souvent, mais bien une pratique coloniale où le bord de mer est confisqué progressivement aux populations qui y habitent".
Preuve en serait apportée par les futurs projets à l'étude dans les alcôves de décision, à savoir la reconversion sans dépollution des terres actuelles de Fertiladour avec l'aval de la Région Aquitaine, et la déforestation des abords de la Route des Dunes au profit des futurs laminoirs d'ADA.
Retour sur quelques aspects polémiques soulevés par son documentaire, et aperçu de la situation actuelle, six mois après la fin de son tournage.
La réaction des spectateurs après les projections du doc
Ramuntxo Garbisu : "A Boucau, Tarnos, Anglet et Bayonne, soit les quatre communes concernées par la zone portuaire, le sentiment d'avoir été désinformées depuis longtemps m'a semblé le point commun des personnes présentes aux débats. Avant que soit une nouvelle fois exigée que cesse la fin de la loi du silence sur ce à quoi elles sont exposéss.
Au milieu d'eux, la présence plus ou moins discrète d'industriels, de responsables de la CCI de Bayonne qui gère le Port, ou d'élus impliqués dans le documentaire, n'a donné lieu à aucune prise de parole contradictoire vis à vis des images ou recoupements montrés. Ils savent parfaitement que ce travail d'investigations n'a permis qu'effleurer une réalité, malmenée une soirée ou deux, mais replacée sous le contrôle de la DRIRE quelques jours plus tard.
Ils ont également pensé que le CADE, qui mène un travail immense de recouvrement des informations environnementales sur cette zone, et moi-même, les aurions invités à développer leurs arguments en face de ces deux salariés de Fertiladour, aujourd'hui gravement malades, mais dont les témoignages à l'écran montrent que le bilan social réel du Port n'est pas non plus celui qui a été transmis aux archives des médias".
Le rôle de la DRIRE mis en cause
R.G. : "C'est sous l'autorité de la Direction Régionale de l'Industrie, de la Recherche et de l'Environnement (DRIRE) que son préposé à Anglet, Michel Amiel, est la cheville centrale d'un "système satisfaisant" de non-communication des informations.
Il planifie les campagnes de mesure avec les industriels et n'hésite pas deux fois par an depuis 2002 à parapher un document officiel attestant que la situation de la radioactivité des sols de Fertiladour est "satisfaisante et reste stable par rapport aux campagnes précédentes".
La réalité est que M. Amiel ne dispose pas d'instrument de mesure de cette radioactivité, comme un compteur Geiger par exemple, et qu'il n'a jamais écrit le moindre procès verbal contre l'industriel dès que celui-ci faisait entrer ses bulldozers sur le site pour en masquer la contamination.
Le 28 octobre 2008, la DRIRE avait promis de communiquer aux membres du CADE et à moi-même le bordereau d'expédition des 373 bigs bags de terres contaminées de Fertiladour soit-disant vers une décharge de déchets ultimes en région parisienne, mais rien n'est arrivé.
Les assertions traditionnelles de M. Amiel aux instances de contrôles du Port, "Je ne peux pas cautionner les interventions intempestives dans la presse sur le sujet, attendons que le dossier soit bouclé pour en parler", définissent parfaitement à mon sens le rôle qu'il joue dans la zone portuaire, nourrissant la confiance des industriels et l'accord tacite des élus concernés".
Le devenir des terres de Fertiladour au Boucau
R.G. : "Dans quelques jours sera officiellement constaté un miracle, celui de la disparition de la contamination radioactive de 10.000 m3 de terres de Fertiladour.
Depuis la dernière radiographie des 7 hectares en février 2009 qui montrait son large étalement en couche basse, les godets et autres bulldozers n'ont eu de cesse de maquiller sa surface, sous la très grande indifférence de la DRIRE.
Aujourd'hui, ce sont même des scories bien douteuses d'ADA qui ont bunkérisé son sol, et le technicien chargé d'un nouveau relevé il y a deux semaines a attendu que le dernier rouleau-compresseur ait fini son travail avant d'entreprendre ses mesures.
Quatre pas; le compteur Geiger à un mètre àu-dessus du sol, aucun signal, "marquons zéro", et pour cela, il baissait son appareil pour attraper son bloc-notes : c'est à ce moment-là qu'on pouvait entendre son compteur crépiter.
Ce "traitement de surface" doit permettre d'annoncer rapidement la cessation d'activités de Fertiladour, la vente renégociée de ses terrains à la région Aquitaine via la CCI, et l'implantation d'une unité allemande de fabrication de granulés de bois.
Sans doute entendrons-nous parler plus fortement du nombre d'emplois prévus que de l'impossibilité de passer ne serait-ce qu'un câble de cuivre en souterrain".
Le développement d'ADA
R.G. : "Les mêmes concepts de communication, "l'industrie va mal", "future création d'emplois", et "souci de développement durable" doivent permettre à ADA d'étendre son activité industrielle avec deux laminoirs, quelques temps après l'implantation d'un premier, du groupe Beltrame, sur Tarnos.
Il ne lui sera pas reproché de ne pas avoir pu expliquer les dépassements des normes environnementales imposées, promises et faiblement endiguées depuis 10 ans, comme l'a pourtant conclu en mai 2009 une note préfectorale..
Malgré 25 tonnes de CO2 émis en moyenne par ouvrier et par jour par cette activité industrielle, le Grenelle de l'Environnement sera pourtant à nouveau évoqué, "sortir les camions de la route" ou "autoroute de la mer" privant les riverains de tout autre projet, économique, culturel ou social, pour la zone littorale, comme c'est déjà le cas pour la confiscation du sentier forestier de la Route des Dunes à cet emplacement.
Ce n'est qu'une question de temps, pas de volonté des populations.
Un dilemme que les industriels n'ont pas vocation à trancher, mais que les élus de Boucau ou Tarnos n'arbitreront pas, pas plus que la CCI ou la Région Aquitaine.
Ces "Y'a pire ailleurs !" seront appelés afin de remplacer tous ces débats citoyens qui auraient pu être alimentés par des "Y'a mieux ailleurs...".
D'autres diffusions du film
R.G. : "Passées les 4 communes qui l'ont accueilli, il n'y aura plus de projections du doc en public sur la zone portuaire de Bayonne, qui devrait trouver une place rapidement sur Internet en diffusion gratuite. Des projections restent envisagées à Bordeaux, puis en Bretagne, et peut-être qu'un DVD trouvera sa place dans un rayon d'une bibliothèque municipale de la zone ? Ou sur la TNT ?
Plus sérieusement, cette "photographie" du Port n'a qu'une finalité : devenir le témoin du travail inlassable des associations de défense de l'environnement telles qu'elles l'ont mené depuis des années.
Que ce portrait vieillisse et finisse par ne plus se justifier est aujourd'hui mon seul voeu".
Partager
Réseaux sociaux
Envoyer
EmbedMontrer ce contenu sur votre site ou blog: