Alain Rousset, Président de la Région Aquitaine, en visite à Bayonne (Pays Basque). Photo : Eitb
"L'Etat nous dit de dépenser moins et nous fait les poches pendant ce temps, parce que notre économie est plombée par son incapacité à proposer un plan de relance" : la visite à Bayonne du Président de la Région Aquitaine aura été l'occasion - énergique - de faire un point sur les grands dossiers qui ont rythmé l'actualité de ces derniers mois.
Le dossier des Lignes à Grandes Vitesse (LGV)
"Ce projet revêt un intérêt indéniable et fabuleux, qui nous rapprochera de Paris, de Madrid ou de Barcelone via Toulouse. Mais la demande des communes sur le tracé exact, sur l'existence d'une gare est parfaitement légitime, surtout au regard d'un coût global faramineux. En l'état, il n'est pas question de souscrire aux demandes de financement, même s'il nous faut arriver à un accord rapidement : fin janvier 2009 me semble un bon délai", déclare Alain Rousset.
Pour le Président de la région Aquitaine, des pistes existantes n'ont pas été suffisament explorées, au niveau de l'Europe en particulier : "Des excédents budgétaires doivent pouvoir être trouvés, et il faut continuer à défendre à Bruxelles la validation transfrontalière avec l'Espagne pour des financements complémentaires".
Au lieu de cela, l'élu s'agace de cette "mise en compétition" des Régions pour obtenir un calendrier plus rapide, ou la promesse d'une gare : 'Il serait irresponsable de ma part de mettre l'Aquitaine à l'abri du progrès et de ne pas anticiper la saturation du réseau ferroviaire actuel en 2020. Mais pour cela, il faut sortir de la culture de la plainte pour exiger des garanties d'un gouvernement qui ne décentralise que ce qui lui coûte cher", précise-t-il.
Sa conclusion ne souffre d'aucune hésitation : "Ce projet se doit d'être un réel bouleversement social en termes de mobilité des Aquitains, mais il est hors de question qu'il plombe les stratégies à long terme de la Région".
Les axes de circulation dans l'Aquitaine
Alain Rousset en est convaincu, la LGV permettra de solutionner l'engorgement de l'axe routier entre Bordeaux et la frontière espagnole : "Comment pouvons-nous accepter que deux fois plus de camions traversent les Pyrénées que les flux du même type dans les Alpes ? Sur les 30 dernières années, l'Aquitaine est la région de France où le réchauffement climatique est le plus important ! La mise en place d'une éco-taxe sur le fret routier sera le seul moyen de faire comprendre aux routiers qu'ils ne paient pas actuellement le vrai prix de passage, en termes d'usure des routes ou de coût environnemental".
Concernant les axes mineurs ferroviaires, là encore, l'élu ne cache guère son exaspération devant le peu d'investissements réalisés par la SNCF pour moderniser des tronçons comme Bayonne-St Jean Pied de Port ou Pau-Oloron : "La SNCF a une mission de service public pendant encore 8 ou 9 ans, mais je défends personnellement l'idée qu'àaprès ce délai, il ne faudra pas d'interdire de solliciter un prestataire différent, espagnol par exemple, pour ces axes".
La réforme du rôle des collectivités territoriales
"C'est un crime contre la démocratie d'éliminer la notion de défense des citoyens par les élus de cantons", martèle-t-il. Peu de chance que les orientations attendues de la réforme Balladur sur les collectivités locales soient du goût d'Alain Rousset : "Que la Région soit un acteur pertinent du développement du territoire, cela s'entend, mais l'idée que les Départements aient plus besoin d'un Préfet que d'un élu est un retour en arrière de 30 ans : ce serait le retour de la politique du guichet où le maire et l'élu d'un canton irait quémander les bonnes grâces de la région ou de Paris, très peu pour moi !", déclare-t-il.
Pour lui, il faut laisser les Régions développer des stratégies à long terme, en accord avec toutes ses spécificités : "Le Ministre de l'Education, Xavier Darcos, trouve plus facile de supprimer des postes d'enseignants plutôt que de réellement travailler sur les raisons de l'échec scolaire, qu'il ne fera qu'amplifier. Là encore, c'est un calcul insidieux de décentralisation vers les Régions de ce qui ne marche pas, puisque nous nous chargeons de la formation continue de ceux qui ont échoué à l'école. C'est pour cela qu'en Aquitaine, nous impulserons la sécurisation de parcours de formation, avec un revenu minimum de 400 euros pour ceux qui rejoindront des filières dans l'environnement, la recherche ou la rénovation industrielle".
Sur la crise actuelle
Satisfait de pouvoir "mettre le paquet" sur des dossiers comme l'activité industrielle (en particulier celle du Port de Bayonne), le Président de la Région ne cherche pas d'ellipses pour qualifier la politique actuelle du gouvernement : "La réalité est que ce gouvernement jette l'argent par les fenêtres et que nous payons tous aujourd'hui les cadeaux fiscaux ou les plans de soutien sans aucune contrepartie exigée des grands banquiers de l'hexagone ! Au bout du compte, nous sommes placés devant l'impossibilité d'un plan de relance économique. Ne comptez pas sur moi pour succomber au syndrôme de Stockholm où j'irai solliciter les bonnes grâces de celui qui nous laisse souffrir de cette crise !".
Sur la situation du Parti Socialiste
"Ne nous cachons pas la vérité : nous avons certainement raté l'échéance nécessaire pour refonder sainement le parti" sera la seule confidence sur ce sujet d'un Président de région élu sur une liste socialiste...









