
Jean-Jacques Lasserre, Vice-Pdt du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques. Photo : Eitb
Jean-Jacques Lasserre, ancien Président du Conseil Général des Pyrénées Atlantiques, a souhaité aujourd'hui apporter sa contribution d'élu local au dossier, toujours aussi difficile à avaler financièrement, des Lignes à Grande Vitesse. S'il se félicite en préambule de l'opportunité de rencontrer Dominique Bussereau, Ministre des Transports, ce jeudi 13 novembre à Pau, ce "calendrier qui s'accélère" marque la fin d'un compte à rebours où les "zones d'ombre" restent encore à éclaircir.
Sur le principe du "il vaut mieux prévenir que guérir", Jean-Jacques Lasserre a résumé les raisons pour lesquelles il souhaite personnellement, et au nom de son courant politique Force64, la concrétisation de ce projet : "On assistera à l'engorgement d'un axe européen primordial pour notre département : si ce n'est pas le cas aujourd'hui, cela sera le cas demain, en 2020. Alors faisons ces LGV pour 2020 !"
Rééquilibrer les critères financiers
Pour autant, ses griefs contre l'état du projet restent vifs, et la perspective de voir le tronçon Bordeaux-Angoulême-Tours signé le 20 novembre prochain ne le rassure guère : "Les premières maquettes de répartition financière sont inacceptables. Si l'ensemble du projet doit logiquement être guidé par des principes de réciprocité et de solidarité, cela ne joue pas en retour sur ces mêmes principes. La prise en charge par les communes est construite autour de critères aberrants : ramené au nombre d'habitants, le contribuable girondin paiera moins que le contribuable des Pyrénées Atlantiques, alors que le service rendu sur la zone de Bordeaux est nettement à son avantage".
Le critère du "bon élève économique" ne le satisfait guère plus : "Depuis un an, de nombreux élus contestent cette régle imposée par l'opérateur Réseau Ferré de France d'alourdir la contribution de ceux qui ont prouvé qu'ils avaient déjà beaucoup investi. Et ce quelque soit le service réel que procurera ces nouvelles lignes. Que l'on gagne 50 mn de Bayonne sur 5 heures de train depuis Bayonne pour rejoindre la métropole est estimable en termes d'attractions des entreprises ou des flux touristiques, soit. Mais engager financièrement le Conseil Généralsur 40 ans peut provoquer une mise en danger de ses missions spécifiques en termes de routes, de maisons de retraites et de soutiens au collèges. Ce qui est inacceptable".
Et de conclure : "Le projet en l'état est trop cher. Il faut revoir les critères financiers, et le faire avant de signer qui que ce soit, parce que, après, c'est toujours trop tard. Nous allons re-démarrer une nouvelle étude d'urbanisme sur l'opportunité et la localisation d'une nouvelle gare, par exemple". Etude qui sera finalisée "dans quelques mois", soit, probablement, après que l'ensemble des signatures aient rejoint leurs places en bas à droite des documents à parapher.
LGV = Le Gouvernement Veut ?
"Montage flou", "questions sans réponses", "Absurdité de l'étude nationale" : d'autres contradictions, concernant le tracé exact (par Mont de Marsan ? Par Dax ?) ou la nature concrète du transit (fret ou voyageurs, ce n'est pas encore "officiel") sont exposées semaine après semaine par des élus. Sans que pour autant quiconque n'entrevoye clairement "la fin du tunnel".
A chacune de ces interrogations portées au devant des citoyens apparait de plus en plus clairement un débat plus insidieux : celui de la portée réelle de la voix d'un élu local, d'une commune ou d'un Conseil Général, afin "d'aiguiller" la discussion selon les termes choisis par Paris.
Sous couvert d'économies d'échelles, la logique consistant à affaiblir les Chambres de Commerce et d'Industrie, les tribunaux, les casernes, les hôpitaux, voire à supprimer le numéro des départements sur les plaques d'immatriculation, semble participer d'une volonté identique de réduire l'action des acteurs locaux sur leurs territoires.
De fait, ce débat sur la LGV apparaît ni plus ni moins comme un épisode supplémentaire du refus par la capitale de la décentralisation du pouvoir, c'est à dire de la capacité des régions à définir par elles-mêmes leurs modes d'action sur des projets d'intérêt national.
Etat aveugle et sourd en face d'acteurs locaux "sceptiques" mais impuissants : personne ne semble pour autant prendre la décision de descendre en marche de ce train.
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